01/26/2011

Pas de villas autour de l’aéroport, SVP !

Des propositions visant à changer les zones villas autour de l’aéroport en zones mixtes habitat/activités pourraient comporter quelques cachotteries politiques. Les politiciens, prendront-ils la décision de défendre correctement leur électorat ?


En lisant, dans mon journal anglais du dimanche, que

« …des cantons suisses comme Zoug et Genève ont accru leurs efforts pour faire la cour aux chefs d’entreprises [de la Cité de Londres] et aux firmes qu’ils dirigent »,

il m’est revenu à l’esprit l’article de la Tribune de Genève du 21 décembre, intitulé

« l’Etat s’attaque à la zone villas près de l’aéroport »

et j’ai réalisé combien tout cela ne concernait que la politique, et pas les gens.

Pour convaincre des entreprises comme des hedge funds (par exemple Brevan Howard) de venir chez nous, Genève doit leur offrir des bureaux et des logements, pour elles et pour leur employés. Or, les deux manquent à Genève. De plus, un bon accès aux transports, en particulier aériens, doit permettre aux clients et aux managers de se rencontrer, aussi bien sur place qu’au loin.

Demandons-nous maintenant comment la planification du remplacement de la zone villas au sud de l’aéroport par une zone d’activités sans trop de nuisances mêlée à de l’habitat densifié remplit idéalement ces conditions et ravit les Conseillers d’Etat responsables de la Construction (Mark Muller, libéral) et de l’Economie (Pierre-François Unger, PDC), qui en récoltent tous deux gloire et dividende ? Quant à la direction de l’aéroport, tout en affirmant qu’elle n’a rien à voir avec la question, elle ne pourra que s’en réjouir en toute discrétion.

Probablement, l’approche politique devrait privilégier l’habitat. Cependant, comme le relève Patrick Malek-Asghar, Conseiller Administratif de ma commune (Versoix), la manière dont se répartissent les taxes communales entre habitat et places de travail, rend la création de places de travail beaucoup plus attractive financièrement pour les communes : elles rapportent plus (en l’occurrence à Meyrin).

Ainsi, comment justifier de bannir les familles qui habitent le quartier de l’aéroport, à raison d’une centaine de villas sises dans ce périmètre, pour construire des immeubles de bureaux et des locatifs en augmentant vos gains sur les taxes communales ? C’est simple : vous déclarez que cette zone est trop bruyante pour l’habitat en vous basant sur le calcul des limites de bruit, extrapolées par un programme informatique. Que ces limites soient correctes ou non et que les habitants se déclarent dérangés par le bruit ou non, n’a aucune importance.

Pas de doute, nombreux sont ceux qui verront ce procédé comme bon pour les affaires et, partant, bon pour l’économie. Indépendamment de la question qui consiste à savoir si les hedges funds et compagnie contribuent effectivement au développement de la condition humaine en général ou s’ils ne sont que des vampires financiers, on peut quand même être dérangé par la façon dont l’aéroport s’impose de plus en plus dans les aires… qui le jouxtent.

Autre facteur à considérer, il y a peu de chance que ces propositions améliorent la situation du logement pour le Suisse moyen. Les employés venus d’ailleurs payeront volontiers de gros loyers, tandis que les plus riches utiliseront leur bonus annuel pour acheter de luxueuse demeure dans tout le canton. Avec pour résultat l’inconvénient qui a été relevé dans le Canton de Zoug, à savoir l’exode des classes moyennes (dans notre cas, vers la France).

Ce problème a été souligné dans un article de la Tribune de Genève du 17 janvier, relevant qu’à Genève une villa sur deux est achetée par un étranger et que les plus riches, au bénéfice d’un forfait fiscal, pouvaient facilement payer des prix exagérés.

Les élus choisiront-ils de défendre leur électorat ou d’obtenir le plus d’argent possible pour leur commune ou le canton ?

11:19 Posted in Potpourri | Permalink | Comments (0) | Tags: genève, meyrin, déclassements, muller | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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